L’art de la nuance n’est pas le propre de notre époque.
Dans l’affaire Thelyson Orelien, le milieu littéraire ne sort pas grandi. Porté au pinacle un jour et promis au Goncourt, il est voué aux gémonies le lendemain, la meute blanche lâchée à ses trousses. Et pourtant, les droits du livre ont été acquis par Olivier Nora avant son expulsion de chez Grasset. Il avait repéré et recruté son auteur, donc lu le manuscrit avant son départ et l’avait programmé pour la rentrée littéraire.
400 lecteurs et 400 libraires l’ont adoubé pour le Prix des lecteurs Fnac. (J’en étais!) Des milliers de lecteurs et d’auteurs ont été touchés par ce livre. (J’en suis). La curée médiatique des « spécialistes « de l’IA comme il y eut des résistants de la dernière heure est lamentable. C’est un procès en racialisation d’un auteur, qui évite de parler du fond du livre, à savoir l’exil, la fuite, l’immigration, le départ d’une île, Haïti, où la colonisation française a saccagé une culture, une économie, réduit un peuple à l’esclavage pendant deux siècles.
Dommage que l’on ne parle pas, du coup, du fond du livre, ce qui est le but recherché par une fachosphère décomplexée, dénoncée par Mohamed Mbougarr Saar, prix Goncourt 2021 pour « la plus secrète mémoire des hommes », (dans lequel il évoquait la mésaventure du Prix Renaudot 1968, le malien Yambo Ouologem, lâché par son éditeur et disparu des librairies pour un plagiat discutable), estimant que nous sommes face à une censure morale, raciste et médiatique. Voilà une proie bénie pour l’extrême droite, pas prête à laisser un auteur Haïtien donner de la valeur à un migrant.
Enfin, deux poids deux mesures, Yannick Haenel, pourtant soupçonné à plusieurs reprises de plagiat n’a pas eu le même traitement par l’Académie Goncourt dont l’attitude est honteuse. Michel Houellebecq fut à peine inquiété en 2010 pour ses copier-coller de Wikipédia dans » la carte et le territoire « et fut même primé. Aurait-il eu la même clémence s’il avait été noir ?
De même nous assistons à la remise en grâce du physicien Etienne Klein dont on arrive à louer l’art du plagiat, bien que débarqué de l’Université et conservant ses tokens de toqué dans différents médias, tandis que nous oublions la terrible affaire Jason Arday, plus jeune professeur noir de Cambridge, poussé cette année au suicide par des accusations de plagiat de sa thèse de doctorat, allégations qui se sont au final avérées fausses ?
Chaque auteur a aujourd’hui recours à l’IA, comme le reconnaissent Virginie Despentes ou Pierre Assouline pour des usages variables. De la simple correction orthographique à l’ouverture de champs pour de nouvelles idées, par une IA nourrie de chacun de nos mots.
Mais quid demain ? Ne faudra-t-il pas plutôt accepter que les auteurs travaillent intelligemment avec cet outil comme le suggèrent la Prix Nobel de littérature 2018 Olga Tokarczuk ou l’écrivaine japonaise Rie Kudan lauréate en 2024 de l’équivalent local de notre Prix Goncourt, estimant que 5% de son livre était dû à l’IA ? Alain Damasio de son côté va même un peu plus loin, élevant le niveau rase mottes ambiant, suggérant une cohabitation exigeante avec Claude, plutôt qu’une course haletante et perdue d’avance derrière un adversaire impossible à rattraper. Il situe l’IA comme étant la quatrième blessure narcissique de l’humanité (après Copernic qui prouvait que la terre n’était pas immobile et première au centre de la galaxie, Darwin montrant que l’humain n’est pas une créature singulière mais le résultat d’une évolution et Freud considérant que l’homme n’est pas maître de ses pensées et de ses pulsions). L’auteur n’est plus le maitre absolu de sa création, et il en souffre. L’IA comme un meuble à tiroirs que l’écrivain va ouvrir, fouiller, vider et explorer puis exploiter. Why not ? La machine aura de toutes façons plus d’une longueur d’avance, autant tenir les rênes et la brider si possible.
Alexandre Dumas utilisait pléthore de porte-plumes, on osait à l’époque appeler ça des « nègres », pour écrire ses chefs d’œuvres. En sont-ils pour autant sortis amoindris ?
Pouvons nous tenter d’inverser la maxime de Jean de La Fontaine “selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de cour vous rendront puissant ou misérable.”
J’ai une pensée pour l’auteur, trainé dans la boue par des censeurs qui n’ont pas “des pudeurs de gazelles.” J’espère qu’il est bien entouré et pourra se défendre.
Il reste un livre. Que chacun le lise avant de l’excommunier. Parce que ce livre reste un texte magnifique.

Sérieux, où tu as vu une remise en grâce de Klein. Il a été viré de partout et a pris sa retraite.
Et ce n’est pas parce que Houellebecq a plagié que ça excuse un autre plagiaire. Ce n’est pas parce que la voiture devant moi grille un feu rouge que ça m’autorise à le griller également.
Orélien aurait avoué qu’il a utilisé une IA et l’affaire serait depuis longtemps close. Cela aurait entraîné une réflexion apaisée sur l’utilisation de cette technologie maintenant suffisamment mature pour arriver à émouvoir les critiques.
Mais il nie farouchement et a promis de monter et montrer un dossier prouvant que son roman est en gestation depuis 10 ans. Et depuis rien : incapable de fournir la moindre clé USB, la moidre version intermédiaire, le moindre fichier Word vieux de plusieurs années. Sa maison d’édition après l’avoir soutenu, puis déclenché une enquête interne dit maintenant qu’ils n’ont plus aucune certitude ni dans un sens, ni dans l’autre. Ils n’ont donc eux-aussi aucune trace d’une version ancienne du roman.
Quant aux plagiats, c’est pas un simple copier/coller de Wikipedia de quelques lignes qu’on reproche à Orélien. Ce sont des poèmes entiers qui ont été volés, c’est un article de journal entier qu’il a fait passer pour sien, c’est en volant les mots d’un autre qu’il a été primé, …
Cet homme vient de faire plus de mal à la littérature racisée francophone que tous les racistes du monde. Chaque livre désormais écrit par un africain, un haïtien, un arabe, … va être renvoyé à cette affaire Orélien.
Bonjour et merci pour votre retour,
Concernant Etienne Klein, il continue de poursuivre ses conférences publiques qui attirent autant de monde sans doute parce que c’est un beau parleur et un bon vulgarisateur, ce qu’il aurait dû rester . Il vient de co-signer un livre avec Thomas Pesquet, conserve sa chronique comme si de rien n’était, après s’en être justifié avec Alexandre Lacroix dans Philosophie Magazine et sera le 1er Octobre à Alès pour une conférence publique qui attirera sûrement beaucoup de public. Bien sûr que le plagiat passé ne justifie rien, et de tous temps cela a existé. Qu’est ce que la littérature si ce n’est une recomposition de textes et d’idées déjà publiées? Il y eut de grands faussaires et de grands plagiaires en littérature, Molière le premier, qu’on accusait d’avoir « pompé » les comédies italiennes et récusait l’accusation en disant « on prend son bien où on le trouve », Shakespeare souvent accusé de son vivant, Camille Laurens dans sa polémique avec Marie Darrieusecq l’accusant d’un « plagiat psychique », Jacques Attali qui travaillerait avec une armée de co-rédacteurs fut accusé d’oublis répétés de guillemets, Guilhaume Musso également accusé en justice et tant d’autres… Cela n’excuse rien, ce que je veux montrer c’est qu’en 48 heures sans avoir pu se défendre, cet homme, sans doute parce qu’il est noir et migrant lui même, fut vilipendé par des journalistes d’extrème droite qui ont voulu lui faire la peau. S’il a utilisé l’IA, et dans quelle mesure, au vu de la densité humaine présente dans son livre qui elle n’a pas pu être inventée par une machine, je pense comme vous, il aurait dû le dire, et l’affaire se serait dégonflée. Comment de grands professionnels comme Olivier Nora, qui l’a fait signé chez Grasset ont ils pu se faire berner? Mais reconnaissez que la volte face des académiciens Goncourt qui l’ont encensé avant de le dénigrer est lamentable. Je ne dis pas autre chose. Contrairement à ce que vous écrivez, la communauté littéraire Africaine fait bloc derrière lui. Je ne sais pas s’il lui a fait du mal, mais toujours est-il que le livre a touché un large public, qui a été ému par le texte. Moi le premier. Et quoiqu’en disent les spécialistes de l’IA qui aujourd’hui sont légion. L’affaire n’est sans doute pas finie et il y aura un avant et un après. Peut être aurons nous l’occasion d’en reparler.
Il reste ne l’oublions pas, un livre, un texte qui mérite que l’on s’y attarde.
Et vous, l’avez vous lu? Et qu’en avez vous pensé?
Merci pour votre retour étayé.